USA-URSS

URSS, le nom est déjà loin, mais en ce 100ème anniversaire de la Révolution d’octobre, tentons de l’exhumer.

Et par ce graphique assez fascinant, tiré du Financial Times du 1er novembre 2017. Il fait figurer en bleu – puis en rouge à compter de la fin de l’ère soviétique et au passage à la Russie que nous connaissons – le PIB par tête de la population soviétique/russe. Attention ! Il s’agit non pas du PIB en niveau absolu, mais du PIB par tête en proportion de celui des États-Unis, un chiffre qui a fortement crû tout au long du siècle.

Le graphique raconte la tragédie qu’a été le 20ème siècle pour le peuple russe. Au début du siècle dernier, à l’époque tsariste donc, le Russe moyen avant en gros un revenu égal à 30% de celui de l’Américain moyen. En 2017, le relevé des compteurs donne… 30% à nouveau, et même moins, probablement de l’ordre de 25% si on restait à champ géographique comparable.

Et quel chemin tortueux ! Un premier creux lors de la révolution manquée de 1905, puis l’immense choc de la guerre de 14, de Révolution d’octobre avec la prise de pouvoir léniniste et la guerre civile qui a suivi. Un rattrapage forcené ensuite, dans ce qui a été la grande marche de l’industrialisation stalinienne, qui s’est faite en partie par « déversement » de la valeur ajoutée agricole vers les industries des villes, pour user du mot qu’employait Alfred Sauvy. Mais un déversement accompli dans une violence inédite, les Ukrainiens en savent quelque chose. Et toujours 30% à la veille de la guerre. Tout ça pour ça.

Est venu le choc hitlérien ensuite et le désastre humain de la Seconde Guerre mondiale. La victoire elle-même, si héroïque, a été une sorte de défaite : il a ancré le pays dans une course aux armements, c’est-à-dire dans l’édification d’une économie croissant rapidement, permettant les coups de menton et de chaussure de Khrouchtchev à la tribune des Nations-Unies, mais toute orientée vers une industrie de la défense qui pompait le gros des ressources technologiques du pays, sans réelle diffusion sur le reste de l’économie. L’énorme ponction humaine de la guerre et des hécatombes staliniennes ont eu aussi leur effet sur le PIB par tête : mais tragiquement en bonne part par réduction du dénominateur et non par la seule hausse de la production. Et tout cela au détriment de la qualité de la croissance à long terme.

L’impressionnante chute du revenu par tête au moment de la déconfiture de l’URSS en 1991 interpelle. Mais elle a commencé bien avant la chute du Mur de Berlin : c’est dès les années Brejnev que la croissance s’est essoufflée. Rétrospectivement, la guerre froide ne pouvait qu’être perdue : une économie faisant moins d’un tiers d’une autre économie ne peut pas soutenir un effort militaire aussi identiquement énorme sans s’y épuiser. L’ampleur du recul laisse aussi à penser que cette économie reposait pour une grande part sur une comptabilisation très artificielle de la croissance et de la richesse créée. Empiler des montagnes de chars d’assaut fabrique du PIB, mais pas de la richesse, même s’il s’agit des meilleurs chars d’assaut du monde. Cela se voit quand tout part à la casse.

Les dernières années de ce triste yo-yo montrent à nouveau un déclin relatif côté russe. La crise financière, née aux États-Unis d’un dysfonctionnement du système financier, aurait dû en principe moins affecter la Russie que les États-Unis. Non seulement il n’en a rien été, mais la crise y perdure, certes sous le coup des sanctions économiques suite à l’annexion de la Crimée par Poutine, alors que les économies de l’Ouest semblent depuis trois ans regagner en vigueur.

À nouveau, tournant notre tapis de prière vers le mausolée de Lénine en Place rouge : tout ça pour ça !

La courbe verte en bas du graphique fait figurer la Chine, l’autre puissance communiste d’alors : autre trajectoire !

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