Quand votre ordi vous tient au chaud

Les data centers, espaces de regroupement des équipements composant le Système d’Information (SI) d’une entreprise, rassemblent aussi bien des ordinateurs centraux et des équipements de télécommunication que des systèmes de stockage. En tant qu’infrastructures hébergeant l’ensemble des serveurs de données de l’entreprise, les data centers ont un rôle prépondérant au sein de cette dernière. En effet, au-delà du coût matériel que représente cet espace numérique, ce sont bien toutes les bases de données de l’entreprise qui sont ici présentes. Le souci de gestion et de protection de ces sites apparaît dès lors.

 

Avec l’explosion de la consommation numérique et du Big data – notamment dans le secteur de la finance, premier investisseur en matière de systèmes d’information en entreprise – les data centers représenteront en 2020 un marché de 80 milliards de dollars, contre 15 milliards en 2000. La facture énergétique associée représente selon Greenpeace 2 % des émissions mondiales de CO2. Aussi les data centers constituent-ils aujourd’hui un défi économique et écologique de premier ordre – notamment au niveau de la haute consommation énergétique journalière des serveurs ou encore de la climatisation des unités pour pallier les risques de surchauffe entrainant le dysfonctionnement des équipements. Ce cœur technologique de l’entreprise est dès lors de plus en plus externalisé dans un objectif d’optimisation des coûts.

L’intégration de cette problématique dans le mouvement de green computing, soit une volonté de réduction de l’empreinte écologique, économique et sociale des technologies de l’information et de la communication (TIC), est désormais généralisée. L’on assiste ainsi à l’émergence de nouveaux modèles. Ces alternatives portent sur le refroidissement des unités, avec l’utilisation d’air extérieur (freecooling) ou d’eau transportée par circuit étanche (watercooling), mais également sur la structure elle-même, l’alimentation électrique en courant continu supplantant le courant alternatif et le câblage en fibre optique remplaçant le modèle classique. Des innovations technologiques continues sur l’augmentation de la température maximale supportable par les processeurs permettent en outre une économie d’échelle quant aux coûts de refroidissement.

 

Il apparaît que l’utilisation d’énergies renouvelables constitue une alternative vers laquelle pencheront de plus en plus d’entreprises dans un futur proche, notamment au travers du projet GreenDataNet. Financé par l’Union européenne, ce projet de 2,9 M€ a pour but le développement de technologies permettant une utilisation des énergies vertes dans les data centers à hauteur de 80 % de leurs ressources énergétiques totales. D’autres initiatives locales se multiplient. Pour exemple, la start-up française Qarnot Computing a récemment porté au jour le concept innovateur de radiateurs numériques Q.rads. La chaleur produite par chaque unité de ces processeurs délocalisés est employée pour le chauffage de logements de particuliers, ce qui permet d’optimiser la consommation électrique en exonérant les entreprises des coûts de refroidissement de leurs serveurs. Le coût pour l’entreprise serait de deux à trois fois moins élevé que celui d’un data center classique et l’empreinte écologique serait divisée par quatre. De même, ses homologues Defab et Stimergy proposent aujourd’hui aux entreprises le traitement de leurs données dans des data centers décentralisés, dont l’énergie est redistribuée pour le chauffage d’équipements et de bâtiments publics. Quant à la structure de chauffage urbain pilotée par la filiale d’EDF Dalkia, elle dessert désormais un incubateur ainsi qu’un complexe sportif. Le data center de 8 000 m2 affilié témoigne d’une capacité de chauffage d’une surface de 600 000 m2.

Ainsi, le data center, axe majeur de performance en entreprise, se trouve-t-il aujourd’hui à la croisée des chemins. Une évolution désormais nécessaire pour repenser son modèle et répondre à de nouvelles attentes économiques et environnementales.

 

Cet article a été publié sur Vox-Fi le 2 février 2017.

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