Nicolas Dufourcq : « Aider l’économie française à relever les défis de l’industrie du futur et de la transition énergétique et écologique »

Nicolas Dufourcq : « Aider l’économie française à relever les défis de l’industrie du futur et de la transition énergétique et écologique »

Vox-Fi vous propose une interview de Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, parue dans le numéro 360 de finance&gestion (juin 2018).

Les propos ont été recueillis par Christian Persia, Président du Comité éditorial de finance&gestion.

  

Quel est votre plan stratégique pour Bpifrance sous votre nouveau mandat ?

Depuis sa création fin 2012, Bpifrance s’est affirmé comme un partenaire incontournable des entreprises pour leurs projets de croissance. Ceci s’est fait dans le respect, et c’est important de le souligner, des relations de marché existantes entre les entreprises et leurs partenaires financiers traditionnels. Ce rôle de banque de place est au cœur de notre démarche : nous voulons entraîner l’écosystème par la création de nouvelles opportunités de marché, sur l’immatériel par exemple ou à l’international. Notre rôle est aussi d’encourager l’émergence de nouveaux acteurs, comme les financeurs participatifs ou les investisseurs à impact social. Notre mission est de contribuer à aider l’économie française à relever les défis de l’industrie du futur et de la transition énergétique et écologique (TEE). Entre 2013 et 2016, ce sont plus de 170 milliards d’euros qui auront été mobilisés au profit de 250 000 bénéficiaires, majoritairement TPE et PME. Près de 100 milliards auront été apportés par les banques et investisseurs privés ou régionaux sur des thématiques risquées comme les fonds propres, l’innovation, l’immatériel et l’international. En complément de cette action quantitative massive, Bpifrance a contribué à façonner l’écosystème de l’entrepreneuriat avec une offre complète d’accompagnement propice à la restauration de la confiance des entrepreneurs. Notre plan stratégique 2017 – 2020 est clair : amplifier notre action pour aider les entrepreneurs à faire face aux défis structurels, notamment en matière de compétitivité hors coûts et d’internationalisation. Il faut être d’une « impatience totale » à l’orée du prochain retournement cyclique. Nous devons mobiliser dès à présent tous les moyens qui permettront de sortir en vainqueur des transformations majeures de l’économie de demain, du digital à l’international en passant par l’industrie du futur et la TEE.

 

Les liens entre Bpifrance et BEI pour la mise en place de financements et de garanties européens ? Modalités ?

La Banque européenne d’investissement (BEI) et Bpifrance ont signé dès 2013, une convention projetant de mobiliser conjointement 1,2 milliard d’euros en faveur des PME. Ce partenariat a été renforcé fin 2016 avec trois nouveaux accords dans le cadre du plan Juncker : le premier de 100 millions d’euros renforce les ressources de notre fonds SPI (société de projets industriels) lancée dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir ; le deuxième s’adresse aux entreprises innovantes. Elles disposent ainsi de 420 millions d’euros de ressources sur deux ans à des conditions très favorables. Le troisième accord complète le précédent en rajoutant 600 millions d’euros de financement, via le FEI (Fonds Européen d’Investissement, filiale de la BEI). Les PME ont, par ce biais, accès au Prêt d’amorçage investissement (PAI) pour leur levée de fonds propres. Les PME et les petites ETI disposent également du Prêt innovation (PI) jusqu’à 5 millions d’euros, sans prises de garantie. Bpifrance continuera donc à l’avenir de consolider sa position d’interlocuteur clé des institutions européennes. Nous canaliserons davantage de ressources (Juncker 2, FEDER) par la mobilisation des fonds de garantie européens et la multiplication des opérations en co-investissement avec le FEI. Outre l’accord sur les PI et PAI, Bpifrance a également signé un accord sur la garantie des prêts aux industries créatives. Depuis 2015, près de 800 millions d’euros ont déjà été accordés par la banque. Au total et dans le cadre du Plan Juncker, Bpifrance a pu mobiliser, aux côtés de l’Union Européenne, plus de 2,5 milliards d’euros en financements de haut et bas de bilan, publics et privés. Ce sont des ressources précieuses, désormais beaucoup plus facilement accessibles pour les start-up et les PME partout en France, grâce au réseau de la banque publique d’investissement.

 

Bpifrance accompagne-t-elle les entreprises à l’exportation ? et comment ?

Le soutien à l’internationalisation constitue un axe prioritaire pour la banque et exploite les synergies avec les autres métiers du groupe. Notre objectif est de modifier en profondeur le rapport au monde des PME et ETI françaises et de surmonter ainsi cette barrière psychologique. Aux côtés des banques, des régions, des CCI et de Business France, Bpifrance se positionne comme la banque publique du commerce extérieur. En s’adressant au guichet unique constitué par nos 48 implantations régionales, les chefs d’entreprise ont accès à une palette complète de soutiens à l’internationalisation permettant de prospecter, financer les ventes et le développement mais aussi de sécuriser les projets et l’implantation durable à l’étranger. Nous simplifions et modernisons sans cesse nos produits. Ainsi la nouvelle assurance prospection facilitera la trésorerie des exportateurs, tandis que le nouveau Pass Export allège les règles avec un contrôle ex ante de la part française dans les exportations. Signalons aussi que les PME et certaines ETI peuvent bénéficier jusqu’à 100 % de garantie au titre de plusieurs assurances à l’export. Toutes ces mesures commencent à porter leurs fruits : l’an passé les demandes de garanties accordées ont augmenté de 13 % en volume et de 32 % en nombre. En 2017, Bpifrance a également maintenu le volume des Prêts Croissance Internationaux, des mobilisations de créances nées à l’export (MCNE, Avance + export) et des garanties de projets internationaux liées à des implantations stables. Une douzaine de dossiers de crédit fournisseurs et acheteurs ont également été mis en place pour un total de 185 millions d’euros. Tous les jours, nos chargés d’affaires démarchent les dirigeants afin de promouvoir l’international. Et pour les ambitieux, nous avons ouvert des accélérateurs PME qui offrent un volet d’accompagnement international conséquent. Résultat : 83 % des PME participantes ont augmenté leurs ventes à l’étranger.

 

Comment Bpifrance accompagne les Fintechs ?

La banque a lancé sa plateforme de crowdfunding (TousNosProjets.fr) dès 2013. Cette place de marché a généré plus de 1 700 prêts en 4 ans pour un montant collecté de 247 millions d’euros. De même 387 projets ont été financés en fonds propres grâce à la collecte de 143 millions d’euros auprès des épargnants. Au-delà de ce rôle d’animateur de marché, Bpifrance est également investisseur en fonds propres dans plusieurs start-up de la finance, comme Younited Credit, Tinubu Square et Kyriba. À ce titre nous avons aussi rejoint d’autres investisseurs au sein d’un fonds de cofinancement via la plateforme Lendix en souscrivant à un fonds de cofinancement, en phase avec notre volonté de proximité et de dynamisation du financement participatif. En 2017 la banque a également investi en fonds de fonds dans le secteur des fintechs. Deux exemples : l’opération en faveur de Blackfin Tech. Elle a permis le lancement d’une ligne métier dédiée aux fintechs dotée de plus de 100 M€, dont 30 millions d’euros apportés par Bpifrance ; l’investissement significatif a été réalisé dans NewAlpha Asset Management, le premier fonds français de Venture Capital, dédié aux start-up FinTech. Avec 15 millions d’euros du fonds French Tech Accélération, géré par Bpifrance, la société a bouclé une levée totale de 56 millions d’euros. Ajoutons que Bpifrance est également utilisateur de services des fintechs. Ainsi l’an passé avons-nous lancé une plateforme de cotation en ligne pour démultiplier notre offre au service du développement international des entreprises en nouant un partenariat avec iBanFirst et Kantox. La banque est également membre fondateur de « La Place », un lieu d’échange et de rencontre lancé ce mois d’avril, au Palais Brongniart à Paris, autour de la finance et de l’innovation. « La Place » rassemble toutes les entités liées à des innovations comme la blockchain dans le secteur de la banque, mais également de la finance et de l’assurance.

 

Comment Bpifrance se positionne-t-elle dans le cadre du financement de bas de bilan ?

Bpifrance contribue en effet au financement du cycle d’exploitation des entreprises sous deux formes principales. La banque finance tout d’abord les besoins de trésorerie des petites et moyennes entreprises clientes des donneurs d’ordres publics et privés. Au titre des marchés financés, elle délivre également des engagements par signature, qu’il s’agisse de cautions ou de garanties à première demande. En 2017 près de 3,6 milliards d’euros ont ainsi été apportés à des TPE et PME. Une bonne part d’entre elles restent fragiles et notre intervention facilite beaucoup leur accès au crédit. Nous préfinançons également le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), dont le total des engagements représente 5 milliards d’euros à fin 2017. Nous intervenons là au profit de plus de 13 000 entreprises, dont 60 % de TPE pour des montants parfois très modestes. Ce produit de trésorerie sera remplacé en 2019 par la mobilisation de trésorerie. Notre rôle est fortement contracyclique : les prêts à court terme de Bpifrance ont soutenu ainsi 24 000 entreprises avec plus de 22 milliards d’euros cumulés sur la période 2013-15 alors que le marché décroissait de 28 %. Depuis, nous enregistrons une baisse d’activité dans un contexte d’assainissement du bilan des entreprises françaises et d’un retour sur le marché des banques. Pour compléter le tableau du court terme, il faut ajouter la mobilisation des créances à l’export avec le produit Avance + Export lancé fin 2014. Plus de 120 millions d’euros d’engagements en été actés en 2017.

 

Quel est votre positionnement au regard de la blockchain ?

Compte tenu de son positionnement actuel, Bpifrance favorise le développement de technologies clés, quel que soit le secteur. Parmi celles-ci figure la blockchain qui participe à la transformation digitale des entreprises. Bpifrance Le Hub a ainsi recensé en début d’année près de 60 start-up françaises actives dans ce domaine, de la fourniture d’infrastructures aux applications pour la sécurité, l’énergie, le droit, le commerce ou encore les fintechs. En matière de financement, Bpifrance a injecté près de 6 millions d’euros en 2017 dans les sociétés de la blockchain, contre 3,7 millions d’euros en 2016. Et tous nos dispositifs sont sollicités : aides à l’innovation, prêts innovation, financements du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA). La montée en puissance du financement de ce secteur s’explique par une maturité croissante des projets et quelques belles histoires. La société Utocat, par exemple, que nous avons accompagnée dans sa première levée de fonds en 2016. Elle a pu ainsi consolider sa plateforme technique Blockchainiz et accélérer sa diffusion. Cette toute jeune start-up lilloise vient d’ailleurs de se voir attribuer le Pass French Tech, lui donnant accès à un programme spécifique destiné aux entreprises d’hypercroissance. Il faut en être fier : les innovations et les talents français sont désormais reconnus dans le monde. Et en interne, chez Bpifrance, il y a désormais une forte acculturation de toutes les équipes innovation aux enjeux de cette technologie.

 

Bpifrance dispose d’une cinquantaine de directions régionales : Pourquoi cette organisation décentralisée, quels en sont les avantages ?

Le réseau de directions et délégations en région de Bpifrance est en effet en croissance parce que nous sommes très attentifs aux territoires. Nous avons ainsi déployé l’an passé de nouvelles agences à la Roche-sur-Yon, Avignon, Compiègne, Bourg en Bresse et Troyes pour être toujours plus proches des écosystèmes entrepreneuriaux locaux. Nos chargés d’affaires sont en permanence sur la route pour rencontrer nos 100 000 clients, en face-à-face, chaque année. Il faut bien comprendre que nous sommes avant tout une banque de démarchage et non un guichet statique où l’on se déplace pour nous voir. Cette intimité avec les dirigeants d’entreprises est essentielle à la compréhension de leurs besoins et à la confiance réciproque. Elle est aussi vitale pour proposer aux PME et ETI de nouveaux défis comme l’international ou pour faire connaître nos nouveaux services d’accompagnement. Par sa taille, ce réseau de 1 000 personnes ne prétend pas se comparer à ceux des grandes banques de la place. C’est pourquoi, pour servir les 1,5 millionsde TPE du pays, nous nous appuyons sur les banques privées à qui nous avons donné de larges délégations de décision en matière de garantie. Mais nous développons aussi, et de plus en plus, des solutions digitales comme e-treso en court terme, les prêts Croissance TPE pour financer le petit immatériel, ou encore les services en ligne pour l’assurance export. Bpifrance montre qu’il est ainsi possible d’être à la fois une grande banque régulée par la BCE et une banque nomade, de médecins de campagne qui veut permettre aux entrepreneurs, où qu’ils soient, de rêver grand.

 

Comment une association de professionnels comme la DFCG peut accompagner les efforts de Bpifrance dans le cadre du financement de nouveaux projets innovants ?

Bpifrance est une banque de place qui veut avant tout entraîner ses partenaires, financiers ou non, pour accélérer la modernisation du tissu économique. Ce rôle d’animateur passe par la diffusion de l’information et des bonnes pratiques. Il passe aussi par la mise en relation des acteurs de l’économie, au niveau local mais aussi sectoriel ou professionnel. Nous voulons rompre la solitude du patron face à une demande d’intercommunication illimitée : plus nous organisons d’événements où les entreprises peuvent se rencontrer, plus il y a de monde. Nous sommes en quelque sorte un réseau social avec une banque au-dessus dont le meilleur exemple est la communauté Bpifrance Excellence. Nous le faisons dans le domaine du capital-risque, de l’innovation ou encore du soutien au développement des secteurs comme le tourisme, la TEE, mais aussi pour la French Tech ou la French Fab. À chaque fois nous nous appuyons sur des collectifs de professionnels qui relaient la connaissance et créent du lien utile à tous les participants. En tant qu’ancien directeur financier d’un grand groupe, je ne doute pas la DFCG soit un bon vecteur de diffusion des solutions de financement proposées par Bpifrance.

 

Cet article a été publié sur Vox-Fi le 11 juin 2018.

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