L’Innovation ouverte au sein du Groupe La Poste

 Interview de Hugues Hansen, Dirigeant Fondateur de Start’inPost 

 

Afin de renouveler ses offres et son modèle économique, La Poste a créé un dispositif d’Innovation ouverte. De cette façon, elle sélectionne et accompagne des start-ups contribuant au renouvellement de ses métiers.

 

finance&gestion : Comment passe-t-on d’une direction financière à l’Innovation ouverte ?

Hugues Hansen : J’ai été pendant quinze ans directeur financier au sein d’Orange puis de La Poste, et je suis depuis cinq ans le dirigeant fondateur de Start’inPost, le dispositif d’Innovation ouverte de La Poste. Dans mon cas personnel, il y a déjà une forte attirance pour les nouvelles technologies, le digital et l’entreprenariat puisque j’ai quitté Orange en 2006 pour lancer ma propre start-up : Embauche.com, un site emploi qui se distinguait en proposant aux employeurs de diffuser gratuitement leurs offres d’emploi. La crise de 2008 a eu raison du projet, d’où le retour à une fonction financière au sein de La Poste.

L’ouverture et le rebond vers l’Innovation ouverte se sont effectués via la démarche de fusacq : au sein de Mediapost nous avons mis en œuvre une démarche de corporate development ayant vocation à compléter l’offre classique de marketing utilisant le média papier par une offre de marketing digitale. Mediapost a ainsi investi dans six PME du digital complémentaire aux offres existantes. Dans un certain nombre de secteurs d’activités très en pointe, nous n’avons pas pu trouver d’entreprises déjà installées. Et en échangeant avec les start-ups explorant ces sujets, nous nous sommes aperçus qu’investir dans le capital d’une start-up quand un capital risqueur y est déjà présent est parfois compliqué et souvent assez onéreux. Sur ces bases, j’ai proposé le lancement d’un dispositif permettant d’entrer en contact avec des start-ups prometteuses non pas après les VC mais en même temps ou avant. Ce fut le point de départ de la démarche qui s’est concrétisée par le lancement de Start’inPost en juin 2014.

Nous pouvons néanmoins remarquer que bâtir ou challenger un projet d’investissement ou de déploiement, décortiquer ou analyser un nouveau business model, concevoir ou coconstruire un business plan ou une stratégie sont des compétences clés d’un directeur financier qui se retrouvent bien évidemment au cœur du lancement d’une start-up.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur Start’inPost ?

Start’inPost est l’accélérateur de start-up de La Poste, sa mission est de permettre à l’ensemble des métiers du groupe d’enrichir leurs offres de produits et services en innovant en partenariat avec des start-ups.

Start’inPost assure l’identification et le sourcing de start-ups pertinentes explorant les thématiques clés au cœur de la stratégie de La Poste.

Ensuite, après une cosélection des start-ups au fil de l’eau avec les managers du Groupe, Start’inPost va accompagner les métiers de La Poste dans le cadre de la mise en place de la première expérimentation terrain permettant de valider la solidité de l’offre de la start-up et sa complémentarité avec le Groupe.

Cet accompagnement se décline sur trois axes :

  • D’une part, Start’inPost met en œuvre une méthodologie permettant de garantir que les modalités opérationnelles de l’expérimentation et ses objectifs ont bien été définis entre les managers de La Poste et ceux de la start-up et qu’une première vision du partenariat business envisageable entre La Poste et la start-up a bien été partagée.
  • D’autre part, Start’inPost, constituée en filiale, va contractualiser directement avec la start-up – secondée éventuellement par des partenaires tiers si nécessaire – la mise en œuvre de l’expérimentation sur la base d’un contrat type pré-validé par la direction juridique. Ce process permet d’être très réactif sur les aspects juridiques et donc de lancer les opérations très rapidement après l’accord des deux parties.
  • Enfin Start’inPost peut assurer le financement de l’expérimentation via un budget transverse plafonné a quelques milliers d’euros par start-up accompagnée.

Ainsi Start’inPost est en mesure tout à la fois d’identifier les start-ups pertinentes puis d’accélérer le process de mise en place de l’expérimentation permettant de qualifier la start-up, de le sécuriser juridiquement et opérationnellement et ainsi de faciliter la mise en œuvre de l’Innovation ouverte avec des start-ups pour l’ensemble des métiers du groupe.

 

Quel est le bilan de Start’inPost ?

Autour de 1000 dossiers de start-up étudiés par an. 71 tests de partenariat de développement de nouvelles offres de service entre La Poste et une start-up ont été menés depuis la création, soit 16 par an en moyenne. 27 se sont déjà traduits par la mise en place d’un partenariat entre La Poste et la start-up, soit à peu près 50 % des expérimentations terminées. Trois investissements capitalistiques ont été réalisés par La Poste dans des startups accompagnées par Start’inPost.

 

Quel conseil donneriez-vous aux entreprises souhaitant développer l’Innovation ouverte avec des start-up ?

Pour commencer, n’hésitez pas à vous inspirer des démarches d’Innovation ouverte déjà mises en œuvre au sein d’autres entreprises. Capitalisez sur ce qui a déjà été mis en place et adaptez-le à votre propre contexte.

Un des points clés est, à mon sens, la définition des thématiques d’innovation visées. Si la thématique est trop étroite et que l’entreprise pose un « cahier des charges » trop précis, le risque est alors d’une part ne pas trouver de start-up correspondante à la recherche, et d’autre part d’avoir mené une réflexion trop centrée sur l’entreprise actuelle et sa vision et de ne pas s’être assez ouvert sur la possibilité d’être surpris par l’inventivité d’une start-up qui peut investiguer un champ beaucoup plus large. Dans ce cas-là, il est surement préférable de faire appel à une équipe de développement agile, interne ou externe, qui pourra partir de l’expression de besoin détaillée pour bâtir la solution désirée, ou même à un start-up studio qui pourra aller jusqu’à sa commercialisation.

Inversement, si les thématiques proposées sont très larges – voire trop floues, le risque est de rencontrer beaucoup de start-ups, de les faire échanger avec un nombre important d’interlocuteurs au sein de l’entreprise, mais de ne pas arriver à installer de partenariat business pérenne entre les start-ups rencontrées et l’entreprise. Les axes de développement envisagés seront en effet trop « hors-sol » par rapport aux activités de l’entreprise et ne conduiront qu’à la mise en place de « proof of concept », réduits à n’être que de simples démonstrateurs sans portée business.

En termes d’identification de start-up, tout l’écosystème qui accompagne les jeunes pousses – c’est-à-dire les financeurs (business angel, capitaux risqueurs, Bpifrance ou encore association distribuant les prêts d’honneurs) et les accompagnateurs publics ou privés de start-up (accélérateurs, incubateur, pépinière, agence de développement, FrenchTech, CCI, etc.) – sera enchanté de pouvoir vous aider à identifier, parmi les start-ups accompagnées, les pépites qui pourraient devenir vos fournisseurs ou vos partenaires business. Afin d’avoir une vision assez large du scope d’innovation possible, il est souhaitable d’étendre la recherche à tout le territoire national.

Concernant les modalités de travail en commun avec une start-up, il est possible comme avec toute entreprise d’être un client ou un partenaire business de la start-up, parfois après une phase d’expérimentation qui permet de tester l’innovation. Mais la start-up étant également caractérisée – en sus de l’aspect innovation – par sa recherche d’un business model qui passe à l’échelle très rapidement, elle est fréquemment à la recherche de fonds propres pour financer ce développement. Pour une entreprise, la possibilité de participer en tant qu’actionnaire minoritaire au tour de table d’une start-up, c’est la possibilité de se familiariser et d’acculturer ses équipes à la technologie et à l’innovation explorée par la start-up, en prenant un risque déterminé à l’avance et pouvant déboucher sur une plus-value en cas d’exit positif, ou une acquisition en toute connaissance de cause si les chemins convergent.

 

Cet article a été publié dans le numéro 368 (avril 2019) de la revue finance&gestion.

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