L’Afrique championne du Private Equity du 21e siècle ?

L’Afrique championne du Private Equity du 21e siècle ?

Depuis quelques années, l’investissement en Afrique, longtemps le domaine réservé de l’aide internationale et de certains grands groupes, connaît un développement sans précédent des investissements privés. Ce développement n’est cependant pas indifférencié, tant au niveau géographique que sectoriel. En outre, s’il offre des perspectives de rentabilité certaines et avérées, il n’est pas sans comporter des risques… à la mesure des enjeux.

 

I- L’Afrique : un marché prometteur

Un atout venu de sa population : le dividende démographique

Un Terrien sur six (soit 1,2 Mds personnes) vit aujourd’hui sur le continent africain.  En 1950, la proportion était de un sur onze. Et la progression se poursuit rapidement. En 2050, ce sera 1 sur 4.

D’après les projections de Population Référence Bureau, une ONG américaine qui étudie les tendances démographiques mondiales, trois parmi les dix pays les plus peuplés de la planète en 2050 seront africains : le Nigeria, qui sera le quatrième pays le plus peuplé du monde, devant les Etats-Unis, la République démocratique du Congo et l’Éthiopie, qui remplaceront respectivement la Russie et le Mexique.

Or, cette forte croissance de la population africaine ouvre une fenêtre d’opportunités connue sous l’appellation de « dividende démographique », à savoir l’accélération de la croissance économique résultant de la supériorité en nombre des personnes actives sur les personnes ne travaillant pas. Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) estime que l’Afrique subsaharienne réalisera à terme un dividende démographique de 500 Md$ par an sur une période de 30 ans si les gouvernements investissent dans la santé et l’éducation, améliorent leur gouvernance, mettent en place les infrastructures nécessaires, favorisent la création d’entreprises et rendent l’agriculture plus attrayante, certes beaucoup de « si ». Mais on dispose désormais de l’expérience de plusieurs pays asiatiques, dont la Chine et l’Inde, où ce dividende a représenté jusqu’à 40% de la croissance économique entre 1965 et 1995.

D’après la Harvard Business Review, l’Afrique devrait capter la majeure partie des 85 à 100 millions d’emplois manufacturiers à faible coût et à forte intensité de main-d’œuvre que la Chine perdrait d’ici 2030. L’Afrique pourrait ainsi, grâce à sa démographie, suivre l’exemple chinois du 20ème siècle… sous certaines conditions.

Bien sûr, tous les pays ne sont pas logés à même enseigne. On pourrait distinguer :

  • Les pays dont la population élevée (de 30 à 200 millions d’habitants) est assortie d’un PNB par habitant relativement élevé : Egypte, Afrique du Sud, Algérie, et à un moindre degré Maroc ; Le Nigéria, qui fait partie de ce groupe, restant encore légèrement à la traîne en termes de PNB/habitant à la suite d’une récession, se situe au niveau moyen du continent ;
  • Les pays dont la population est élevée (20 à 100 millions) mais où le PNB par habitant est encore faible : République Démocratique du Congo, Ethiopie, Madagascar, Mozambique, Niger ; c’est à notre sens le groupe prioritaire en termes de développement,
  • Les petits pays (moins de 10 millions d’habitants) riches (PNB par habitant très élevé) : Guinée équatoriale, Seychelles, Maurice, Gabon, et à un moindre degré Botswana, Namibie, Lybie. Ce sont des pays bénéficiant soit d’un potentiel touristique exploité, soit de ressources naturelles ;
  • Le reste des pays africains, dont les perspectives dépendent essentiellement de la qualité des infrastructures et de la stabilité des gouvernants. En tête la Côte d’Ivoire, la Zambie, le Sénégal, et la Tunisie.

Cette année et selon une étude d’Havas Horizons, les pays jugés les plus prometteurs par les investisseurs se concentrent ainsi majoritairement en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est. Il s’agit, dans l’ordre, de la Côte d’Ivoire, du Kenya, du Nigéria, du Ghana et de l’Afrique du Sud. La Côte d’Ivoire (63%) grimpe ainsi en tête du peloton, grâce notamment à sa forte croissance économique. Le Kenya se maintient au même niveau d’attractivité pour les investisseurs. Cette stabilité s’explique essentiellement par une grande résilience liée à la diversification de son économie. Le Nigéria attire autant qu’il repousse. Ce pays, dont l’économie demeure très dépendante des hydrocarbures, enregistre un fort taux de défiance. 19% des dirigeants d’entreprise sondés le considèrent comme un pays risqué pour les investissements, en raison d’un certain nombre difficultés (pénuries de devises, perturbations dans l’approvisionnement en carburant, insécurité dans certaines parties du pays, etc.). Le Maroc arrive en 6è position dans le classement des pays africains les plus attractifs pour les investisseurs, devant le Sénégal, l’Ethiopie, l’Egypte et le Rwanda. En bas du tableau, on trouve le Soudan, le Zimbabwe, la Zambie et la République démocratique du Congo. Globalement, ces pays considérés comme les plus risqués, semblent pénalisés par des inerties découlant avant tout d’une instabilité politique chronique ou d’une situation sécuritaire préoccupante.

Quels sont les secteurs porteurs ?
  • Les investisseurs considèrent les domaines suivants comme les plus prometteurs : l’énergie tout d’abord, suivie par les services financiers, puis par les transports, l’agriculture, l’industrie, la santé, les télécoms, et enfin le BTP et la grande distribution.
  • L’énergie, et notamment l’énergie solaire, apparaît comme le secteur le plus attractif. Les raisons principales : une région largement sous-alimentée en énergie (600 millions d’Africains n’ont pas d’accès régulier à l’électricité) alors que le continent dispose de conditions d’ensoleillement optimales. Les investisseurs s’inscrivent ainsi dans une tendance globale de développement des énergies renouvelables.
  • Le besoin de services financiers accompagne logiquement le développement de la consommation. Les opportunités sont donc nombreuses dans ce secteur, avec la multiplication des offres de monnaies numériques, qui pallient un faible taux de bancarisation et un risque lié à la possession d’argent liquide. Corrélativement, le e-commerce représente également un domaine prometteur.
  • Les Télécoms et les NTIC en général sont en effet également appelées à se développer à grande vitesse, parallèlement à un équipement accéléré de la population en téléphones portables (en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, 95% des connexions Internet se font via un téléphone). L’Afrique est ainsi aujourd’hui le deuxième marché mondial du mobile. L’innovation et les nouvelles technologies africaines suscitent un intérêt croissant.
  • « Le concept du leapfrogging (littéralement saut de grenouille) est au cœur de ce modèle d’innovation « à l’africaine ». Il renvoie à un processus d’évolution technologique rapide, qui permet de sauter les étapes intermédiaires et de franchir en une seule fois plusieurs paliers de développement dans un domaine bien déterminé. Cette dynamique transforme souvent un retard en un avantage et permet de contourner un manque d’infrastructures, comme ce fut le cas du développement rapide de la téléphonie mobile, qui a touché une grande partie du continent africain de se doter d’un réseau de téléphonie filaire, ou encore de la banque sur mobile, qui a permis à des centaines de millions d’Africains de zapper la case agence bancaire.
  • L’agriculture : L’Afrique abrite 60 % des terres arables non cultivées dans le monde et une main d’œuvre abondante. Certaines potentialités culturelles sont déjà largement exploitées comme les fleurs, les haricots, les fruits exotiques etc…
  • Les industries extractives : En 2015, le continent a produit 13 % du pétrole mondial, contre 9 % en 1998. Entre 1980 et 2012, la production de pétrole est passée de 53,4 milliards de barils à 130,3 milliards de barils ; et celle de gaz naturel de six billions de mètres cubes à 14,5 billions de mètres cubes. En fin 2012, l’Afrique contrôlait également 53,9 % des ressources mondiales en diamants. En 2017, la République démocratique du Congo représentait à elle seule 58 % du cobalt mondial (une matière utilisée dans la production de composants électroniques) tandis qu’en 2016 l’Afrique du Sud s’arrogeait 69,6 % de la production mondiale de platine (utilisé dans la fabrication de convertisseurs catalytiques et d’autres produits).
  • L’eau représente également un secteur dans lequel des investissements massifs sont à prévoir ou déjà en cours. L’accès à tous de l’eau est, rappelons-le une priorité des objectifs du Millénaire.
  • Les domaines liés à l’urbanisation accélérée et l’explosion démographique : les transports, la santé, mais aussi le BTP et la grande distribution.

 

II – Quelle est la situation actuelle des fonds d’investissements en Afrique ?

Autrefois seuls les fonds publics, multilatéraux ou bilatéraux assuraient tant bien que mal le financement des investissements en Afrique. Or, le développement économique des pays d’Afrique passe par celui des PME et des ETI.  La difficulté du développement de ces entreprises africaines réside en pratique dans le financement et l’accompagnement de projets de petite taille. En effet, les bailleurs de fonds internationaux n’ont pas vocation à instruire et financer ce type de projets (rentabilité insuffisante en regard des moyens d’instruction et de suivi à mettre en place) et des relais sont nécessaires.

Initialement, les bailleurs de fonds se sont reposés sur l’intermédiation des banques de développement nationales, qu’elles ont largement financées. Ce fut un échec, sans doute en partie parce que ces structures ne possédaient pas en interne les compétences nécessaires à une instruction objective (double problème de compétence et de dépendance envers les gouvernements).

Les banques de développement multilatérales (BAD, BOAD, BDEAC), à l’instar des bailleurs internationaux, n’étaient pas dimensionnées non plus pour le financement et le suivi des projets de petite taille.

Les institutions de microfinance ont contribué au financement de projets, mais la taille et le potentiel des projets concernés relevaient davantage de la survie individuelle d’une famille ou d’une micro-entreprise que d’une véritable stratégie de développement économique.

Les sociétés financières multilatérales (SFI) ou bilatérales (PROPARCO en France, DEG en Allemagne, CDC en Grande Bretagne, FMO au Pays Bas, etc… ) ont certes financé des investissements privés, mais une certaine lourdeur d’instruction chez ces institutions n’est pas non plus compatible avec des projets de petite taille. Elles ont souvent transité par l’intermédiaire des fonds d’investissement.

Le paysage a considérablement changé ces quinze dernières années, grâce à la multiplication des fonds de capital-investissement actifs. Selon l’Agence Ecofin, les fonds de capital-investissement actifs en Afrique ont levé 2,4 Md$ durant le premier semestre 2018, selon l’Association africaine de capital-investissement et de capital risque (AVCA), dont 60% dans le secteur des infrastructures. Les transactions de private equity, recensées durant les six premiers mois de 2018, ont atteint 900 M$, dont 75% dans les secteurs des infrastructures & services publics, des services financiers et de l’industrie manufacturière. Sur un autre plan, l’Afrique de l’Ouest a concentré 46% des transactions de private equity enregistrées à l’échelle continentale, durant les six premiers mois de 2018.

En Afrique de l’Ouest, les principaux fonds actifs dans la région sont, dans le désordre, Investisseurs & Partenaires, Emerging Capital Partners, AfricInvest, Amethis Finance, Cauris Invest, Phoenix Capital Partners ou encore Adenia Partners.

Mais il existe également des fonds multi-pays dont l’activité africaine est significative : Partech Africa, PAI Partners,  les fonds d’investissements climatiques, le FISEA, et en Allemagne le récent « Compact with Africa », sans oublier les fonds de pension qui ont un bel avenir en Afrique ni les plateformes de crowdfunding comme Afrikwity et Cofundy.

Il faut signaler enfin les fonds d’investissement climatiques, souvent hébergés par des entités publiques et dédiés au  financement de la lutte contre le changement climatique. Parmi eux le FISEA, l’un des dispositifs majeurs de l’Initiative française pour la croissance et l’emploi en Afrique, détenu par l’AFD ; Compact with Africa annoncé fin octobre 2018 par la chancelière Merkel.

Enfin, les fonds de pension : malgré une démographie en pleine expansion et une faillite généralisée des systèmes de retraite par répartition, les fonds de pension africains ne pèsent que 372 Md$. L’industrie des fonds de pension demeure le maillon faible de la finance africaine. Ce montant représente une goutte d’eau dans un océan comparé à la cagnotte globale de 41,3 Tr$ gérée par les fonds de pension à l’échelle mondiale. Dans ce domaine, les pays africains anglophones sont les mieux lotis. Plus de 90% des actifs gérés par les fonds de retraite par capitalisation se concentrent dans quatre pays : l’Afrique du Sud (307 Md$, le Nigeria (17 Md$), la Namibie (10 Md$) et le Botswana (7 Md$). On peut citer notamment le fonds de pension des employés de l’État (GEPF) en Afrique du Sud, du Nigeria Social Insurance Trust Fund (NSITF) ou encore du fonds de pension des employés des institutions gouvernementales (GIPF) en Namibie.

Une rentabilité potentiellement très forte, accompagnée de risques

Un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement indique qu’entre 2006 et 2011, l’Afrique a enregistré le taux le plus élevé de rendement des investissements directs étrangers, soit 14 %, à comparer aux taux de 9,1 % en Asie, 8,9 % dans la région Amérique Latine et Caraïbes. Le taux à l’échelle mondiale est de 7,1 %.

 

III – Les risques et les limites de l’investissement privé en Afrique

La très forte rentabilité s’accompagne de nombreux risques.

Risques liés à la corruption et à l’instabilité politique

Ce risque est tout d’abord illustré par la fréquence des coups d’état.  Avec ses 89 coups d’état et 21 présidents assassinés entre 1945 et 2015, l’Afrique remportait la palme de l’instabilité politique. En 2017, Afrigmag établissait le « hit-parade suivant des coups d’Etats en Afrique

  • 7 coups d’État : Nigeriaest le seul pays africain qui a connu 7 coups d’État dans son histoire : 2 coups d’État en 1966, ensuite, en 1975, 1976, 1983, 1985 et 1993
  • 5 coups d’État : Burkina Faso, Mauritanie, Ghana, Bénin, Comores, Burundi et Soudan.
  • 4 coups d’État : Guinée-Bissau, Niger, Centrafrique, et l’Ouganda
  • 3 coups d’État : Mali (1968, 1991 et 2012) et Éthiopie (2 coups d’État en 1974 et un en 1977)
  • 2 coups d’État: Liberia, Guinée, Tchad, Égypte, Rwanda et Lesotho.
  • 1 coup d’État, au total 11 : Côte d’Ivoire, Gambie, Togo, Tunisie, l’Algérie, Libye, Guinée-Équatoriale, RD du Congo, Congo, Somalie et Madagascar.

Associés à cela, les risques liés à la corruption (surfacturations, éléphants blancs, etc… ) sont hélas bien connus et restent importants, malgré une récente amélioration.  À titre d’exemple, l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine 2017 montre que l’indice global de gouvernance de l’Afrique s’est amélioré au rythme annuel de 1,4 % depuis 2007, soit une progression de plus de 5 % dans au moins 12 pays (notamment la Côte d’Ivoire, la Tunisie, le Rwanda et l’Éthiopie).

Risques lié à la pesanteur culturelle

Le développement entrepreneurial dans la plupart des pays africains se heurte encore à de nombreux obstacles culturels :

la lourdeur des procédures : formalisme et lenteurs administratives, corruption, difficile accès à l’information notamment juridique et financière, difficulté à identifier des interlocuteurs fiables, etc…

La prégnance de l’informel dans les relations interpersonnelles et commerciales, au-delà des relations contractuelles classiques la nécessité de bâtir des relations interpersonnelles fortes et, par conséquent, des liens de confiance solides. Cet impératif a un impact significatif sur le calendrier de déploiement des activités dans la mesure où une telle relation se noue dans la durée et vouloir presser ses interlocuteurs peut être mal perçu,

L’accès difficile à une information, notamment statistique, fiable,

Un contexte juridique souvent peu sécurisé, même s’il convient de souligner les efforts en la matière avec le droit de l’OHADA,

La place de la femme, encore trop souvent cantonnée au foyer par une descendance nombreuse, même s’il faut souligner que Les femmes africaines détiennent le taux de création d’entreprises le plus élevé au monde, selon une étude publiée le 27 septembre par le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger.

La volatilité des devises africaines et la difficulté de couvrir le risque de change afférent.

A cet égard, malgré les critiques dont il fait l’objet dont certaines à juste titre, le franc CFA présente des mérites, qui peuvent entre autres soutenir les investissements en Cote d’Ivoire par exemple.

A l’inverse, la volatilité du rand sud-africain et du naira nigérian contribuent à fragiliser les investissements dans ces pays. Au Kenya, le shilling, plus stable jusqu’à présent, subit actuellement une forte pression en termes de volatilité.

 

IV- Quelles sont les mesures déjà prises ou souhaitables pour les réduire ?

La nécessité d’investir sur l’éducation et la formation des élites

Dans de nombreux pays africains francophones, il existe de longue date une élite bien formée, souvent issue de nos universités. Les temps ont changé, les difficultés rencontrées par les pays dits développés, leur faible croissance au regard du potentiel de croissance africaine, conduisent de plus en plus de jeunes diplômés africains à rester dans leurs pays.  Des universités de haut niveau et réputées, parfois issues de grandes écoles ou universités européennes existent déjà de longue date dans plusieurs pays : Sénégal, Maroc, Tunisie notamment. Cependant, la formation qui y est dispensée n’est pas toujours adaptée à une carrière en Afrique, car empreinte de la culture européenne. Les écoles de management ont eu peu de succès auprès des élites africaines, sans doute car leurs enseignements ne sont pas adaptés aux spécificités du continent.

L’Afrique du Sud a mieux réussi à fixer ses élites sur place, notamment grâce à la politique volontariste du Black empowerment et des quota introduits dans les grandes entreprises du pays.

Aujourd’hui, l’intérêt du monde économique pour l’Afrique s’accompagne de la mise en place de formations professionnelles de haut niveau adaptées au contexte africain et aux débouchés de ce continent.  Ainsi, Carnegie Mellon, Harvard ou Wharton lancent ou soutiennent des programmes pour former une élite africaine destinée à rester sur place.

Le Rwanda se veut à la pointe : La Tower House de Kigali est l’une des têtes de pont de la nouvelle élite africaine. Cet immeuble, hérité de l’ancienne compagnie des télécoms du Rwanda, abrite en effet depuis 2011 l’unique antenne africaine de l’une des plus prestigieuses universités américaines, la Carnegie Mellon University (CMU). Une aubaine pour ce petit pays de 12 millions d’habitants qui compte sur « l’économie de la connaissance » pour grandir « Nous sommes la seule université d’envergure mondiale implantée en Afrique, avec des professeurs qui vivent à plein temps ici, et une parfaite équivalence avec le programme délivré à Pittsburgh [en Pennsylvanie], souligne fièrement Michel Bézy, le directeur de l’établissement. Stanford a bien un programme au Ghana, mais les enseignants se contentent de venir quinze jours de temps en temps. » Le cursus, pris en charge à 100 % par le gouvernement rwandais, permet à trente étudiants triés sur le volet de décrocher un master en technologies de l’information ou en ingénierie informatique. La troisième promo sera diplômée en juin. « Jusqu’à présent, tous nos étudiants ont trouvé un travail en moins de six mois », se félicite M. Bézy.

La formation des élites africaines devra cependant être assortie de deux actions :

  • Une formation à tous niveaux des personnels : ingénieurs et cadres intermédiaires dans les secteurs porteurs du développement des pays (NTIC, agronomie, santé, énergie etc…), juristes OHADA et en droit international etc…mais aussi la mise en place de circuits de formations spécifiques pour les apprentis et les indépendants
  • l’incitation des personnes formées à investir dans la création de leurs entreprises avec l’appui  des diasporas et des réseaux d’accompagnement. En outre, la force spécifique du continent que représente sa main d’œuvre abondante, ne sera pleinement exploitable qu’en association avec les progrès de l’Intelligence artificielle et de la robotisation. La combinaison technologie-main d’œuvre est en effet la clé de la compétitivité future. La Chine l’a bien compris, investissant massivement dans la recherche en Intelligence artificielle.
La nécessité de mobiliser l’investissement et l’accompagnement des créateurs d’entreprises

C’est clairement à ce niveau que les fonds de capital-investissement ont un rôle à jouer, accompagnés par des dispositifs du type de ceux qu’on rencontrent en France ou ailleurs : BPI, réseaux de Business angels issus de la diaspora, réseaux d’accompagnement entrepreneuriaux, incubateurs, pépinières, couveuses, boutiques de gestion,  prêts d’honneur etc…

Des mécanismes de défiscalisation des investissements sont également à étudier pays par pays pour permettre aux grandes entreprises et aux grandes fortunes d’accompagner les start-ups et les ETI.

La nécessité de mettre en place ou de renforcer les infrastructures

Nous avons vu plus haut que l’investissement dans les infrastructures est un des secteurs porteurs pour l’investissement privé et les fonds de capital-investissement. Il est clair qu’à cet égard, les pays dotés d’infrastructures de transport, aéroportuaires et portuaires notamment, et routières ont une longueur d’avance sur les pays enclavés. Cette situation n’empêche pas des petits pays comme le Rwanda de se positionner en pointe sur des secteurs plus immatériels et sur l’innovation.

Les infrastructures de télécommunications (internet et mobile), déjà bien développées dans de nombreux pays, ont commencé à révolutionner le mode de vie des africains. Le smartphone fait partie de la vie quotidienne des classes moyennes : selon le cabinet Deloitte, le continent comptera 660 millions d’habitants équipés d’un « téléphone intelligent » en 2020, soit le double qu’en 2016.

L’achat en ligne reste freiné par les problèmes de livraison et de stockage ainsi que par le coût de l’acheminement, mais aussi par les difficultés de repérage local et d’adressage. Jumia, créé par deux français anciens de Mac Kinsey, Jérôme Hodara et Sacha Poignonnec,  se veut le leader du e-commerce africain. Après un succès dans le domaine de la réservation hôtelière en ligne, Jumia se heurte aux difficultés du e-commerce en Afrique : infrastructures déficientes, problèmes de sécurité, sous-bancarisation de la population, faible pénétration d’Internet… La complexité est au cœur même du modèle économique de Jumia. Un constat qui vaut dans la plupart des pays où l’entreprise opère sur le continent : de l’Egypte à l’Afrique du Sud, en passant par la Côte d’Ivoire et, surtout, le gigantesque Nigeria (190 millions d’habitants), son vaisseau amiral et principal marché. La dynamique société n’hésite pas pour autant à se diversifier dans la livraison de repas à domicile.  Il est présent dans 14 pays africains dont l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Kenya, l’Égypte, l’Ouganda, le Cameroun, le Sénégal, le Ghana, le Rwanda, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et la Côte d’Ivoire. Il couvre 80 % de la population ayant accès à internet en Afrique et devrait dépasser le milliard d’euro de volume d’affaires en 2019. Son concurrent américain Amazon étant absent du marché, Jumia est surnommé parfois l’« Amazon africain » ou encore l’« Alibaba africain ».

Tous les facteurs recensés ci-dessus décrivent bien les limites de l’investissement en Afrique et les conditions de sa mise en œuvre. Ils contribuent au constat selon lequel un investissement dans ce continent est un engagement de long terme.

Pour conclure, les perspectives de l’investissement privé en Afrique sont importantes, à condition de bien choisir  les secteurs et les pays et d’assortir l’investissement d’un certain nombre de mesures d’accompagnement en matière de formation, d’infrastructures et d’adopter un horizon de long terme.  La rentabilité potentielle est à la mesure du risque encouru, dont le principal demeure le risque politique.

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