De l’affaiblissement de la fonction présidentielle et de la règle des trois C

Mise en question à travers les couacs politiques répétitifs et les écarts comportementaux au sommet de l’Etat, la fonction présidentielle, clé de voute des institutions, est confrontée à l’accélération de son affaiblissement dont l’origine est en réalité bien antérieure à cette actualité.

En effet, les héritiers de la « monarchie républicaine » instituée par le Général, ont eu à connaître plus ou moins consciemment deux effets ravageurs, écornant la sacralisation de la fonction :

–      L’éventualité d’avoir à partager le pouvoir avec l’opposition (la simultanéité des élections présidentielles et législatives ne garantit pas contre un aléa électoral),

–      et, à travers le quinquennat une contrainte temporelle, nouvelle et forte, pour imprimer leur marque.

Or, la classe politique n’a sans doute pas complètement mesuré toutes les conséquences de cette évolution structurelle et probablement définitive.

Car si la prééminence « de la fonction suprême » reste dans notre vie politique,  évidente (cf la focalisation sur cette échéance électorale) dans ce nouveau contexte auquel s’ajoute la mondialisation, les attentes de la Société Civile ont profondément muté : l’opinion demande au « locataire de la fonction » de rendre compte de ses actions et de ses promesses, comme c’est le cas d’ailleurs pour tout dirigeant en responsabilité.

« Le Président » est devenu de facto, aujourd’hui un dirigeant salarié, comme les autres, astreint aux mêmes contraintes d’efficacité qui pèsent sur tout mandataire social fusse-t-il national !!!!!

Pas étonnant qu’il soit attendu au tournant de ses réalisations, mesurées à l’aulne de la clarté de l’efficacité.

Aussi en toute logique, les « courberies » de Monsieur SAPIN, les changements de cap et d’adversaire ont des conséquences désastreuses dans l’opinion, comme dans toute partie prenante d’une société ou d’une organisation.

Si hier la fonction protégeait l’homme en place de ses insuffisances ou de ses dérives, le titulaire savait aussi la protéger ; certains en ont largement abusé avec la complicité du Politique et le soutien, par le silence, des médias.

Mais aujourd’hui, il ne suffit plus d’occuper la fonction pour prétendre l’incarner : devenir locataire de l’Elysée n’est plus une fin en soi mais le point de départ d’une Histoire qui reste à écrire, le statut ne protège plus l’heureux (?) élu.

C’est sans doute ce grand malentendu qui a plongé le « nouveau locataire » dans des abîmes de défiance généralisée entraînant avec lui l’ensemble de la classe politique.

De toutes parts s’élèvent maintenant des voix pour rappeler l’impérieuse nécessité de préserver la fonction présidentielle et partant l’équilibre des institutions.

On ne peut que souscrire à ces vœux mais il y a un prix à payer que commande le simple bon sens :

Rapprocher au plus tôt l’action présidentielle des exigences de la nouvelle nature de la fonction Présidentielle des attentes de l’opinion.

Pour atteindre cet objectif, rien de mieux que l’utilisation de la règle des trois C que tout dirigeant en responsabilité et digne de ce nom connaît et met en pratique ne serait-ce que pour garantir sa survie c’est-à-dire :

–      Clair et visionnaire dans ses orientations

–      Courageux et « acteur de ses décisions

–      Compris et soutenu par l’opinion.

Chacun pourra mesurer le chemin Hymalayen qui reste à parcourir pour s’approprier une culture du résultat qui permette à la fois de gérer le court terme et de préserver l’avenir de long terme :

« L’obligation de résultat » a pris le pas sur « l’obligation de moyen » pour tout dirigeant salarié comme pour le Président.

Même si l’on garde l’optimisme chevillé au corps, on reste stupéfait lorsqu’on découvre qu’à travers la professionnalisation et le carriérisme du Politique tout un chacun peut se hisser au sommet de l’Etat sans avoir jamais exercé d’autre activité que celle de haut fonctionnaire puis d’élu et d’activiste de parti politique……Ce qui garantit à tout coup pour l’intéressé de vivre en spectateur, plus qu’en acteur, hors du monde réel où se réalise la création de valeurs, la prise de risques et les seules vraies responsabilités mesurables et sanctionnables.

Quel dirigeant dans ce monde réel pourrait se maintenir en fonction s’il avait dû porter autant d’erreurs et d’échecs ?

Seuls les politiques (cf Monsieur Thévenoux) peuvent encore imaginer pouvoir s’extraire de cette règle d’Airain.

Aujourd’hui le risque d’effondrement s’aggrave de jour en jour :

Le temps presse et le temps n’attend personne.

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