Deux graphiques qui en disent long sur les bases du trumpisme

Deux graphiques qui en disent long sur les bases du trumpisme

Corrélation n’est pas raison, mais la juxtaposition des deux graphiques qui suivent donne l’image d’une société américaine devenue très dysfonctionnelle. Le lecteur de Vox-Fi pourrait s’interroger sur la conclusion politique qui est tirée de cette corrélation, le succès électoral de Donald Trump tenant peut-être à beaucoup d’autres facteurs. Toujours est-il que les deux graphiques captent le regard.

Le premier présente le taux d’activité des 25-54 ans aux États-Unis, en comparaison avec d’autres grands pays développés (source OCDE). Le taux d’activité, on le rappelle, rapporte les actifs par rapport à la population totale dans la même classe d’âge. Un actif est une personne qui a un travail, salarié ou non salarié, ou une personne qui cherche un travail, par conséquent un chômeur, selon la définition statistique du chômage.

On voit sur ce premier graphique l’étonnante divergence que présentent les États-Unis : les gens quittent, volontairement ou non, le marché du travail, ce qui surprend dans un pays où l’aide sociale et l’État providence sont bien moins développés qu’ailleurs (voici une pierre dans le jardin de ceux qui disent que l’aide sociale décourage le travail). Il y a beaucoup d’explications et l’on renvoie le lecteur à ce papier intéressant sous la plume de Mary C. Daly, (« Raising the Speed Limit on Future Growth”) publié par la Federal Bank de San Francisco.

 

Graphique 1 : Taux d’activité des 25-54 ans selon différents pays

 

Le second provient de l’étude maintenant célèbre réalisée par Anne Case et Angus Deaton, ce dernier récent prix Nobel d’économie : « Rising morbidity and mortality in midlife among white non-Hispanic Americans in the 21st century ». Le graphique fait figurer le taux de mortalité quelle que soit la cause pour la population entre 45 et 54 ans dans différents grands pays. Là encore, une divergence étonnante aux États-Unis, et plus significatif encore, non pas pour toute la population américaine, mais uniquement pour les blancs non-hispaniques. (On sait que les États-Unis ont le goût – peut-être immodéré – des statistiques ethniques.) L’origine du décès est variée : suicide, alcool, meurtre, opioïdes, maladies mal soignées en raison d’un système de santé très discriminant selon le niveau de revenu, malgré sa haute qualité technique, etc. L’étonnement est double ici : les populations hispaniques et noires aux États-Unis échappent à cette fatalité, peut-être par habitude, depuis des générations, à être pauvres et relégués socialement.

 

Graphique 2 : Taux de mortalité de différents grands pays pour la population entre 45 et 54 ans

 

On ne sait pas trop dégager la cause et l’effet entre le taux d’activité et le taux de mortalité/ morbidité, deux phénomènes sans doute plongés dans un ensemble de facteurs socio-économiques plus larges. Mais nul doute que le travail, avec son rôle majeur dans une bonne intégration sociale de l’individu, est un élément déterminant.

Un regard critique peut être porté enfin sur le cas de la France : les chiffres de mortalité, en forte chute comme partout ailleurs, n’y sont pas mirobolants, bien moins bons de ce qu’ils sont pour les noirs et hispaniques aux États-Unis. Nous avons chez nous aussi les bases d’un trumpisme.

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