La dérive des dépenses publiques françaises

Avec un ratio de 56 % sur son PIB, la France est un des pays dont les dépenses publiques sont les plus élevées au monde. Mais très justement, on fait observer que notre pays a certaines particularités sociales et institutionnelles qui d’une certaine façon obligent à cette place importante de l’État dans la production de richesses. Par exemple, notre démographie, plus dynamique qu’ailleurs, qui oblige à des dépenses d’éducation plus importantes ; ou le choix français d’une éducation pré-primaire dès l’âge de 3 ans ; ou encore, notre système de retraite, qui compte comme prélèvements obligatoires les cotisations et donc comme dépenses publiques les pensions versées, alors que d’autres régimes de retraite, dont les cotisations sont tout autant obligatoires et dont les effets économiques sont identiques, ne figurent pas en dépenses publiques.

Donc, le niveau absolu de la dépense publique est un indicateur imparfait, et par conséquent contesté, de l’efficacité de la dépense.

C’est pourquoi il est plus commode de regarder le niveau relatif et son évolution. Le graphique qui suit présente l’évolution de l’écart du ratio dépenses publiques / PIB de 2007 à 2016, ceci par rapport à l’Allemagne, et par rapport à l’ensemble de la zone euro. Il est tiré de la Lettre introductive qu’a adressée la Banque de France en introduction à son rapport annuel 2016 (juillet 2017).

Ici, on est « à structure constante », du moins approximativement, et l’on gomme certaines des différences sociales ou institutionnelles qui faussent la vision. La France avait un écart de 5,5 points de PIB en 2000 avec le reste de la zone euro ; le voici à 8,7 points 16 ans après. Avec l’Allemagne, la dérive de l’écart (qui est donc le bon indicateur) est de près de 6 points de PIB.

Pour aller plus loin dans l’analyse, on renvoie le lecteur à un article important : « L’écart de dépenses publiques entre la France et l’Allemagne », in Rue de la Banque, N° 46, juillet 2017, par Marie Aouriri et Héloïse Tournoux, de la Banque de France. Il est dit :

« Environ la moitié de l’écart entre la France et l’Allemagne s’explique par des choix comptables, d’organisation public/privé ou des différences démographiques ».

La conjoncture économique joue aussi son rôle, à savoir l’évolution du PIB par habitant, sensiblement plus élevée en Allemagne, et qui permet d’atténuer certaines dépenses comme le chômage. Les importantes réformes de la retraite en Allemagne ont réussi à fortement contenir les dépenses qui lui sont liées, alors que la France, malgré ses réformes, a poursuivi sa trajectoire de croissance. Les dépenses pour le logement et les « dépenses fiscales » (exonérations fiscales aux entreprises principalement) sont deux autres postes divergents. Ces dernières ont crû en France considérablement, alors qu’elles ont été supprimées en Allemagne.

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