A quoi tient la confiance en notre expert-comptable ?

L’expert-comptable est omniprésent dans la vie de l’entreprise, mais aussi dans le quotidien du chef d’entreprise. Le rôle de conseil est dorénavant au cœur de la relation chef d’entreprise – expert-comptable ; il suppose un terrain favorable au fonctionnement de ce binôme. Le principal terreau est constitué par la confiance. La confiance est un construit tridimensionnel, avec une évaluation cognitive (les compétences), une évaluation affective (la bienveillance à l’égard de l’entreprise) et une évaluation éthique (l’honnêteté). La confiance permet de stabiliser tout type de relation. Identifier les raisons de cette confiance, mettre des mots sur un ressenti, permet – par la compréhension – de favoriser la relation au sein du binôme « chef d’entreprise – expert-comptable ».

Sur quelles bases cette confiance s’établit-elle ? Par quel mécanisme est-elle sous-tendue ?

La confiance est sous-tendue par la légitimité qu’accorde le chef d’entreprise à l’expert-comptable. Cette légitimité induit le sentiment de limiter l’incertitude et de pallier l’asymétrie d’information, donc de réduire la sensation de risque. Cette légitimité correspond à une perception du dirigeant, elle va autoriser à apporter la crédibilité nécessaire au conseil.

Cette légitimité demande à être analysée, décortiquée, pour être mieux appréhendée et prendre toute sa valeur. Des dimensions de différents ordres sont repérables.

La dimension dispositionnelle de la légitimité

L’expert-comptable est porteur d’une notoriété qui est liée au diplôme d’expertise-comptable. La relation positive entre les études, le diplôme, de fortes compétences, voire la réputation, constitue une base à la relation de confiance. Cette corrélation renvoie à la dimension dispositionnelle de la légitimité, ou disposition favorable envers le professionnel. Cependant, cette dimension de la légitimité n’implique pas la personne par elle-même, mais l’image renvoyée par la profession.

La dimension rationnelle de la légitimité

La compétence technique constitue la dimension rationnelle de la légitimité, puisqu’elle autorise l’efficacité et la performance. Les conseils de l’expert-comptable sont reconnus limiter les risques vis-à-vis de l’administration fiscale, optimiser la fiscalité de l’entreprise par la connaissance des mécanismes de réduction ou de déduction fiscale. La crainte du chef d’entreprise au regard de la fiscalité, doublée du souhait de bénéficier de mesures souvent mal maîtrisées, auréole l’expert-comptable d’un certain pouvoir. Mais, encore une fois, ce n’est pas la personne proprement-dite qui possède cette faculté, mais le professionnel.

La dimension pragmatique de la légitimité

La capacité à apporter les réponses escomptées au niveau du fonctionnement de l’entreprise, de ses spécificités, de son environnement, ainsi que de ses enjeux, correspond à la dimension pragmatique de la légitimité. Ce rôle de conseil, de plus en plus cœur de métier de l’expert-comptable, est lié à l’expérience professionnelle et est particulièrement justifié par les discernements d’ordre économique ou managériaux propres à la profession.

La dimension morale de la légitimité

La capacité à éliminer les sources d’incompréhension dans la communication avec le chef d’entreprise, à comprendre sa manière de travailler, ainsi que ses objectifs, correspond à la dimension morale de la légitimité. Cette dimension intègre aussi la capacité à générer une relation agréable et conviviale, sous-tendue par le respect des attentes, par l’appui psychologique et par la construction d’une collaboration. Aux dires des chefs d’entreprise, l’expert-comptable est réputé poser, avec discrétion, les bonnes questions. Cette dimension, souvent développée grâce à la fréquentation constante des entrepreneurs, est quant à elle en lien direct avec l’individu.

La dimension charismatique de la légitimité

La personnalité de l’individu et sa capacité à inspirer confiance sont identifiées comme une dimension charismatique. Si la proximité, au sens physique mais surtout moral est importante, c’est l’ancienneté de la relation qui influe largement sur sa qualité. Il est rare qu’un chef d’entreprise change d’expert-comptable comme il teste de nouveaux fournisseurs. En effet, le temps favorise la création de liens et la notion de binôme s’exprime de plus en plus fortement avec le temps. Cette estime repose sur l’individu proprement-dit.

La dimension axiologique de la légitimité

Le partage de symboles, de croyances, d’idéologies alimente la dimension axiologique de la légitimité. En effet, les codes, les conventions, les traditions, les coutumes, sont tacites mais partagés – en tant que structurations sociales de l’entreprise – et favorisent la légitimité. La connaissance et le respect de la culture de l’entreprise constituent la dimension axiologique. Cette dimension s’appuie largement sur l’individu qui, tout en restant extérieur à l’entreprise, réalise son intégration et son assimilation dans le staff du chef d’entreprise.

Ainsi, la légitimité attribuée à l’expert-comptable repose pour une part sur les compétences professionnelles mobilisées par la fonction, mais aussi, pour plusieurs dimensions, relève de l’individu lui-même.

Cette analyse entre dans le cadre des travaux de Heider sur la théorie de l’attribution causale. Cette théorie présente les causes attribuées, par l’observateur, à un comportement. Les causes externes se trouvent dans les caractéristiques de la situation et sont liées au contexte. Les causes internes sont sous-tendues par la personnalité de l’individu, en l’occurrence ici la personnalité de l’expert-comptable.

  • Les dimensions dispositionnelle, rationnelle et pragmatique sont en lien avec la situation et le contexte ;
  • Les dimensions morale, charismatique et axiologique sont attachées à la personnalité de l’expert-comptable. Ces dimensions liées à l’individu sont les plus couramment évoquées par les chefs d’entreprise.

En effet, Heider démontre que la répartition entre causes externes et causes internes est majoritairement en faveur des raisons motivées par la personnalité des acteurs.

En conclusion, les différentes dimensions de la légitimité de l’expert-comptable au regard du chef d’entreprise, qui constituent le « capital-légitimité » de l’individu, couvrent deux volets bien distincts : la profession et la personne proprement-dite.

Cette notion binaire, étroitement en lien avec le rôle de conseil de l’expert-comptable, permet de comprendre la formation de la confiance du chef d’entreprise.

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