Depuis une vingtaine d’années, la compétitivité française recule : voilà un constat qui suscite une forte convergence. Christian de Boissieu analyse ce qui rend cette notion si problématique et dégage quelques pistes, en vue d’une amélioration.

 

Le diagnostic a été fait à maintes reprises depuis dix ans et amplifié par le rapport Gallois, notamment dans la première partie intitulée « la cote d’alerte est atteinte ». Pour une fois, ce diagnostic suscite une forte convergence.
Depuis les années 1990, sans qu’il soit possible de donner une date très précise, ni de l’imputer totalement à tel ou tel camp politique, la compétitivité française a reculé dans l’absolu et dans le relatif, c’est-à-dire par rapport aux meilleurs élèves de la classe européenne (dont l’Allemagne, bien sûr). La France affiche un déficit extérieur devenu structurel — puisqu’il perdure pardelà les cycles économiques — et les entreprises françaises ont perdu des parts de marché à la fois en et hors Europe. Nous résistons moins bien que l’Allemagne aux ambitions industrielles des grands pays émergents comme la Chine ou l’Inde, malgré nos points forts : aéronautique, nucléaire, TGV…

Compétitivité-prix et hors-prix

La compétitivité-prix dépend d’abord du niveau et de l’évolution des coûts salariaux unitaires, c’est-à-dire des salaires rapportés à la productivité du travail. De ce point de vue, depuis quinze ans, la France a perdu du terrain vis-à-vis de l’Allemagne sur les deux tableaux : les salaires nominaux et réels ont progressé plus rapidement, et la productivité du travail moins vite. Du côté français, les 35 heures, mais surtout leur mise en oeuvre centralisée et uniforme, n’ont pas arrangé les choses… Du côté allemand, les courageuses réformes structurelles menées à partir de 2000 avec les mesures Schröder (qui ont valu au chancelier sa défaite électorale) et les lois Hartz (du nom de l’ancien DRH de Volkswagen) ont renforcé sa position compétitive. Le rapport Kramartz dans le cadre du Conseil d’analyse économique (CAE) dresse un bilan intéressant de ces réformes allemandes. Même si la France n’est pas l’Allemagne du point de vue du consensus social ou du fonctionnement du marché du travail, elle doit regarder de plus près l’expérience allemande, sans qu’il soit besoin d’ériger cette dernière en modèle.
À côté des coûts salariaux unitaires, et en négligeant pour l’instant la question lourde des taux de change, la compétitivité-prix est fonction d’autres coûts, en particulier des coûts énergétiques supportés par les entreprises. Les options prises par chaque pays pour son mix énergétique signalent sa détermination dans la lutte contre le changement climatique, mais elles influent aussi sur les coûts de l’énergie. Le débat sur ces coûts est en train de monter dans les pays qui ont annoncé l’option du zéro nucléaire (dont l’Allemagne) à la suite de la catastrophe de Fukushima, mais aussi dans les pays qui ont pris une position de principe contre les gaz de schiste
(dont la France) alors que la compétitivité américaine se redresse en partie grâce à ces gaz non conventionnels.
La compétitivité hors-prix (ou structurelle) renvoie à tout un ensemble de facteurs hétérogènes, difficiles à quantifier, mais influents : la qualité des produits, les efforts commerciaux et leur impact, etc.
Durant le débat qui a précédé la publication du rapport Gallois, la compétitivité hors-prix était mise en avant pour réduire l’importance de la compétitivité-prix, donc des salaires, des 35 heures… Avec le rapport Gallois, la problématique est devenue plus équilibrée et plus pertinente. Depuis longtemps, le Centre d’observation économique (COE) de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP), fondu désormais dans Coe-Rexecode, publie une étude annuelle sur la compétitivité hors-prix pour la France, plus exactement sur l’image des produits français, évaluée par des importateurs étrangers en comparaison de produits non français. De cette étude, il ressort que la compétitivité hors-prix de la France a progressé depuis une quinzaine d’années, mais qu’elle demeure en deçà de celle des productions allemandes. Il s’agit plus d’une confirmation que d’une surprise. Cet écart structurel explique aussi pourquoi les industriels français sont plus sensibles à la surévaluation de l’euro que leurs homologues allemands. Ces derniers, bénéficiant d’avances dans les deux composantes de la compétitivité (prix et hors-prix), sont mieux à même de compenser les effets d’un taux de change surévalué.

Des axes à privilégier

Plutôt que d’essayer de concurrencer les pays émergents en matière de salaires, il semble plus sage de compter sur un relèvement progressif des salaires nominaux et réels dans ces pays pour combler une partie du différentiel constaté aujourd’hui. Par ailleurs, la France ne se trouve pas dans la situation de la Grèce, du Portugal ou de l’Espagne, elle devrait pouvoir éviter de recourir à une déflation salariale… Il convient de privilégier une politique à la Schumpeter, misant sur l’innovation, la R&D, l’essor des PME – vital pour l’activité et l’emploi de la France, mais également sur l’éducation dans ses différentes composantes (formations initiale et continue)… Il ne s’agit pas d’opposer les politiques schumpétériennes aux politiques keynésiennes, ni retenir de Schumpeter sa formule la plus connue de la « destruction
créatrice », mais prétendre qu’en cette phase du cycle et de la crise, et au moins pour les cinq années à venir, il convient de privilégier des politiques de l’offre compétitive.
Ces politiques sont à même de réduire les coûts salariaux unitaires sans réduction des salaires.
En outre, l’intensification de la R&D et de l’innovation sous toutes ses formes (nouvelles technologies, nouveaux produits, nouveaux modes d’organisation) et l’investissement accru dans l’éducation et la formation, permettront une accélération des gains de compétitivité. Le taux de marge des entreprises françaises est tombé en moyenne à 28 %. Pour le ramener à la valeur constatée durant les deux dernières décennies – qui tournait plutôt autour de 30 à 32 % – il est nécessaire pendant deux à trois ans, que les salaires réels augmentent moins vite que la productivité du travail, ce qui n’implique pas une baisse en valeur absolue de ces salaires réels. Par exemple, une augmentation moyenne de la productivité du travail de 2 % par an (soit plus du double de ce qui est constaté depuis quelques années) serait compatible avec une hausse de 1 % des salaires réels et un relèvement du taux de marge des entreprises. Une politique schumpétérienne plaçant au coeur du processus les liens étroits entre productivité et compétitivité permettrait de rétablir la compétitivité française, sans choc salarial significatif.

L’essor des PME est à privilégier. Toutes les études menées depuis dix ans soulignent, à juste titre, que le manque d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), en comparaison de l’Allemagne bien sûr, mais aussi de l’Italie, pèse lourdement sur l’activité, l’emploi et la compétitivité en France. Tout ce qui peut être fait pour favoriser le développement des PME irait dans la bonne direction : financements adéquats, mise en cause de certains seuils réglementaires, fiscalité de la transmission…
Le marché du travail est particulièrement important, mais ne sera jamais un marché comme les autres. Cependant des progrès doivent être faits dans la direction de la flexisécurité : flexibilité accrue pour les entreprises dans la gestion des postes, assortie en contrepartie d’une sécurisation renforcée des parcours individuels. Les négociations en cours portent pour l’essentiel sur cette nouvelle donne.
Un dernier axe, qui ne saurait être négligé, touche aux taux de change. À quoi servirait-il de regagner de la compétitivité-prix via les coûts salariaux unitaires ou les coûts énergétiques, si l’appréciation de l’euro, en particulier vis-à-vis du dollar, entraînait de trop lourdes conséquences ? Heureusement, la sortie de crise de la zone euro se dessine progressivement. Mais dans un contexte de guerre des monnaies au plan mondial et comme les Américains se satisfont en définitive de la faiblesse du dollar, on peut craindre en 2013-2014 une remontée de l’euro, forcément défavorable à la compétitivité européenne. Si un tel scénario devait se concrétiser, il faudrait alors que la banque centrale européenne (BCE), avec l’appui des autorités européennes, envisage sérieusement de mettre en oeuvre une politique de change. Nous n’en sommes pas là, mais il faut garder en tête ce risque potentiel et imaginer comment y faire face.

Desserrer les contraintes de financement

Si l’essentiel est d’encourager la R&D, l’innovation, l’éducation et la formation, et la croissance des PME, comment financer tout cela quand en France comme dans de nombreux autres pays, les budgets publics (y compris ceux des collectivités locales) vont être sous pression pendant au moins quatre ou cinq ans ? Spécialement dans un contexte où les nouvelles règles prudentielles – par ailleurs indispensables – appliquées aux banques et aux compagnies d’assurance vont inciter les intermédiaires financiers à moins financer l’économie réelle, tout spécialement les PME. Les marges de manoeuvre sont étroites, mais elles existent.
Au plan français, il s’agit de mieux mobiliser l’épargne privée abondante (les Français épargnent encore 16 % de leur revenu disponible, un chiffre supérieur à la plupart de nos voisins) pour l’attirer vers le financement de l’investissement, du développement durable et du long terme, des PME, etc. Cela suppose de remettre à plat certains acquis et de travailler sur des instruments financiers adéquats et une fiscalité de l’épargne favorable à cette ambition. Cet axe est complémentaire d’une nécessaire relance du capitalinvestissement (private equity) et

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des encouragements en faveur des cofinancements public-privé.
La création de la banque publique d’investissement (BPI) s’inscrit dans le fil d’une politique de compétitivité. Encore, faudra-t-il que la nouvelle entité, disposant d’une force de frappe de 40 à 50 milliards d’euros, parvienne à développer des synergies et des effets de levier entre ses trois composantes : le fonds stratégique d’investissement (FSI), Oseo et la Caisse des dépôts et consignation entreprises.

Au niveau européen, l’augmentation de 10 milliards d’euros du capital de la banque européenne d’investissement (BEI), décidée par le Conseil européen de juin 2012, va dans la bonne direction. À mon sens, on peut même aller plus loin dans l’activation de la BEI, sans dégrader la qualité de sa signature, ni faire monter les taux d’intérêt en Europe.
C’est en considérant les deux étages — européen et national — que les pays membres de l’UE, et tout spécialement de la zone euro, parviendront à desserrer les contraintes de financement et se donneront ainsi les marges nécessaires. Cependant, celles-ci ne seront pas suffisantes pour rester dans la première division de l’économie mondiale.

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Contribution originale pour la revue Échanges.

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